INTOX : Le domicile de JMM Mokoko "encerclé", avec la complicité médiatique du journal LeMonde.Fr

14/02/2016

(L'Article du Monde.fr) - L’air est lourd ce samedi soir 13 février à Brazzaville, et pas seulement en raison de la touffeur nocturne et d’un ciel orageux. Peu après 21 heures locales, des policiers en civil et en uniforme ont pris position au centre-ville, entre l’hôtel Mikhael et l’ambassade du Congo Kinshasa voisin. Visé par ce dispositif, le général Jean-Marie Michel Mokoko compte les heures, entouré de sa vieille mère et de sa garde rapprochée sur le qui-vive.

C’est bien de lui qu’il est question, à 2,5 km de là, au palais présidentiel. Le général Jean François Ndenguet, qui dirige la police, s’y entretenait avec le chef d’Etat, Denis Sassou-Nguesso, du sort à réserver  à cette figure de la vie politique  congolaise devenue en quelques jours leader populaire de l’opposition – et bête noire du régime. Jean-Marie Michel Mokoko, joint au téléphone par Le Monde  Afrique, se veut « serein », même s’il ajoute que « tout peut arriver  dans ce pays » qu’il espère diriger, s’il est élu lors de l’élection présidentielle prévue le 20 mars. « Je n’ai pas peur de mourir  ou d’être arrêté par des serviteurs de dirigeants qui considèrent ce pays comme leur patrimoine personnel », dit-il.

Relever un « Congo ruiné »

Quelques heures plus tôt, dans l’après-midi, il était acclamé par un aréopage d’opposants à Denis Sassou-Nguesso, de sympathisants et de curieux entassés dans la salle comble de conférences du palais des Congrès de Brazzaville. Le général, qui était encore conseiller  du président chargé des questions de paix et de sécurité le 3 février, date de sa démission, et qui représentait l’Union africaine  en Centrafrique, a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle. Son allocution a présenté les grandes lignes de son programme, et dénoncé le « désarroi du peuple et le désespoir de la jeunesse », « l’accentuation de la pauvreté », « la dégradation de l’Etat ».

Les leaders des partis d’opposition avaient fait le déplacement, y compris d’autres candidats à la présidentielle, pour soutenir  celui qui est rentré à Brazzaville le 9 février, accueilli à l’aéroport par des jets de pierre et des gaz lacrymogènes jetés par des policiers aux ordres du Général Ndenguet. Certains journalistes et plusieurs partisans de Jean-Marie Michel Mokoko y avaient été violentés. Au Palais des Congrès ce samedi 13 février étaient notamment présents les anciens ministres Guy Brice Parfait Kolélas et Okombi Salissa qui furent tous deux maintenus à résidence durant plusieurs semaines en octobre 2015, lors du référendum pour l’adoption d’une nouvelle constitution, permettant à Denis Sassou-Nguesso de se représenter. Un vote entaché de « tricheries », selon l’opposition et des diplomates occidentaux, et dénoncé par la communauté internationale.

Jean-Marie Michel Mokoko a promis de relever  un « Congo ruiné » et de « restaurer l’autorité de l’Etat bafoué ». Des mots qui désignent le clan « Sassou », visé en France  par la plainte dite des biens mal acquis  et soupçonné de détournements massifs de revenus pétroliers.

La riposte n’a pas tardé. À 15 h 30, le site web de Jeune Afrique, hebdomadaire ayant souvent fait l’éloge de Denis Sassou-Nguesso, publie un article non signé intitulé « Congo Brazzaville : Jean-Marie Michel Mokoko et la vidéo qui tue ». L’article raconte une vidéo datant de 2003 dans laquelle on découvre Jean-Marie Michel Mokoko discuter  d’un coup d’Etat. Ce document d’un peu plus de 30 minutes, présenté comme exclusif, circule en réalité depuis plusieurs années dans les rédactions et les milieux diplomatiques. Jeune Afrique ne publie pas la vidéo sur son site, mais elle apparaît, au même moment, sur des médias  en ligne proches du pouvoir  et postée sur YouTube.

Pour le général Makoko, présenté comme un putschiste avide de pouvoir, l’embarras est immédiat. « Je me souviens très bien de ce piège, se défend-il samedi soir au téléphone, depuis son domicile de Brazzaville entre-temps encerclé par des policiers. Mais en quoi un prétendu plan de coup d’Etat datant de 2003 est-il d’actualité en 2016, le jour de l’officialisation de ma candidature ? » Et d’ajouter qu’il avait remis en personne en 2003 cet enregistrement au cabinet présidentiel. « Nous en avions discuté avec le directeur de cabinet du président et Jean-Dominique Okemba [JDO, patron du Conseil national de sécurité] », dit-il.

À l’origine de cette étrange vidéo, il y a un avocat parisien plusieurs fois passé par la case prison, Me Sylvain Maier, connu pour avoir  défendu l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo. Cet avocat a tenté de convaincre  Jean-Marie Michel Mokoko d’adhérer à un plan fantasque visant à renverser Denis Sassou-Nguesso. Il introduit plusieurs « barbouzes » français à la mine patibulaire qui se disent proches de la DGSE. Des pieds nickelés qui tenteront plus tard un coup d’Etat en Côte d’Ivoire pour installer  au pouvoir le militaire et rebelle Ibrahim Coulibaly, lequel sera assassiné en 2011. Certains extraits de la bande seront diffusés sur internet. Mais la vidéo complète, qui comprend une allocution du général Mokoko censée être diffusée après sa prise du pouvoir, n’a circulé que dans des cercles restreints jusqu’à ce samedi 13 février.

Il y a une dizaine d’années, Arlette Soudan -Nonault, l’épouse du directeur de la rédaction de Jeune Afriqueet membre du bureau politique  du Parti Congolais du travail (PCT, au pouvoir) avait évoqué ce film devant des diplomates occidentaux en poste à Brazzaville. « Elle disait à tout le monde que je serai arrêté et jeté en prison », ajoute le général Mokoko pour qui « ce n’est pas un hasard si cette affaire ressort aujourd’hui dans Jeune Afrique ».

La semaine du 8 février, Mme Soudan-Nonault a proposé le document à plusieurs rédactions parisiennes, si bien que Jean-Marie Michel Mokoko redoute que les menaces d’arrestation ne soient mises à exécution. Il ignore s’il pourra, comme prévu, se rendre  lundi 15 février dans son village natal, au nord du pays, pour prendre  quelques jours de repos et songer  à sa campagne présidentielle.